Mossadegh en terres neuchâteloises

Ayant choisi l’Université de Neuchâtel pour passer sa licence en droit, Mohammad Mossadegh s’installe avec sa famille dans le canton de 1910 à 1914. Pour obtenir son brevet d’avocat, il doit demander sa  naturalisation.

Conditions de vie agréables, climat clément, air pur… Si la Suisse présente pour Mossadegh de nombreux avantages, il hésite en ce début de XXe siècle à poursuivre ses études en Belgique. Il jette finalement son dévolu sur l’Université de Neuchâtel. «La ville la plus adaptée pour les études en Suisse romande est sans conteste Neuchâtel. Nous pouvons nous consacrer aux études sans craindre d’être attirés par les activités de loisirs et autres divertissements. Dès neuf heures du soir, les habitants restent chez eux», relate-t-il dans ses mémoires.

Mossadegh s’installe dans le canton avec sa famille en 1910. Pour permettre à sa mère, qui les accompagne, de se sentir libre de sortir de la maison, il part à la quête d’un appartement en-dehors de la ville. Sa première visite se solde par un refus. Apprenant que Mossadegh est de confession «musulmane chiite», le propriétaire lui fait clairement part de ses réserves. C’est la seule expérience de ce type, puisque Mossadegh trouve rapidement un quatre pièces à Carrels 7, à Peseux, où il s’installe avec sa «tribu», comme s’en souviennent les Subiéreux de l’époque dans la Feuille d’avis de Neuchâtel du 23 octobre 1953, étonnés de voir autant de personnes vivre sous le même toit. Sa mère étant entre-temps retournée en Iran, Mossadegh déménage en septembre 1911 à Neuchâtel «pour un logement plus proche de l’université afin de ne plus perdre de temps avec les trajets ». Il habite un temps à Evole 33, puis Evole 5, avec notamment sa femme, leurs trois enfants et leur gouvernante.

Sa licence en droit en poche, Mossadegh entame, parallèlement à la rédaction de sa thèse, un stage dans l’étude de l’avocat Jean Roulet, Place Pury 5. «Je m’occupais de petites affaires, car les clients importants refusaient de voir leurs affaires confiées à une personne qu’ils ne connaissaient pas. (…) J’ai pu participer au sein du Palais de Justice de Neuchâtel aux séances de plaidoiries. Je pouvais obtenir le brevet d’avocat à condition de me naturaliser », explique-t-il dans ses mémoires.

Il entreprend donc, fin juin 1913, une procédure de naturalisation qui se poursuit sans difficulté jusqu’au préavis négatif de la Commission des agrégations de la commune de Neuchâtel qui constate que, si Mossadegh veut devenir Suisse, ce n’est pas dans l’intention de s’établir à Neuchâtel. En ayant été informé, il retire sa requête le 4 juillet 1914 et, ayant obtenu dans les mêmes jours son doctorat, repart pour la Perse avec sa femme et leur fils cadet, Gholam Hussein, tandis que leur fille Ashraf et leur fils Ahmad sont confiés à un couple neuchâtelois, la famille Perrenoud. La 1re Guerre mondiale l’empêchera de les revoir jusqu’en 1919.

De retour en Perse, Mossadegh intègre le ministère des Finances, où il mène une lutte acharnée contre la corruption. Mais il doit abandonner son poste devant l’hostilité du Premier ministre Vossough od Dowleh.

Revenu en Suisse en 1919, il passe par Neuchâtel en 1920 pour reprendre ses enfants et regagner définitivement la Perse où, dans l’intervalle, il est nommé ministre de la Justice.