Prix académique interdisciplinaire du développement durable: Lauréats 2014

 

Les membres du comité consultatif en matière de développement durable (UniD) ont sélectionné les lauréats du Prix académique interdisciplinaire du développement durable, au terme d’une première phase de sélection interne effectuée par les Facultés. Lors de la discussion pour l’attribution des deux prix décernés pour l’année 2014, les membres du comité ont tenu à souligner l’excellence des  travaux présentés, tant au niveau de leur originalité et de leur pertinence que de l’esprit critique dont ont fait preuve leurs auteurs.
 

Mathilde Hofer

Produits et services d'alpage de l'Arc jurassien. Analyse de la demande et de ses déterminants dans l'hôtellerie-gastronomie et le tourisme.

Faculté des lettres et sciences humaines

Supervision: Prof. Laurent Matthey

L’objectif de ce mémoire, qui s’inscrit dans le cadre du programme de recherche AlpFUTUR, était de mettre en lumière les déterminants de l’offre et de la demande en produits et services d’alpage de l’Arc jurassien dans l’hôtellerie-gastronomie et le tourisme. Au travers des résultats, Mathilde Hofer met en avant la dualité de la valorisation de ces produits et services qui seraient favorables à un développement durable de l’agriculture d’alpage, mais se heurtent à des limites telles que l’investissement financier et humain important et à des capacités de production limitées.

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  • Résumé du travail

    Résumé du travail: Ce mémoire s’inscrit dans le cadre du programme de recherche AlpFUTUR qui étudie la situation de l’agriculture alpestre suisse et vise à trouver des perspectives d’avenir.

    L’objectif de ce travail était de mettre en lumière les déterminants de l’offre et de la demande en produits et services d’alpage de l’Arc jurassien dans l’hôtellerie-gastronomie et le tourisme. Un questionnaire quantitatif soumis à un échantillon d’établissements d’hôtellerie-gastronomie ainsi que des entretiens qualitatifs auprès de professionnels de la promotion régionale, les offices de tourisme et les parcs régionaux, ont permis d’appréhender ce questionnement.

    Les résultats de cette recherche tendent à montrer que de nombreux critères peuvent être mobilisés par les différents acteurs pour justifier la demande ou non en produits et services d’alpage. Les critères d’approvisionnement et de rentabilité se sont révélés importants pour les établissements de l’hôtellerie-gastronomie.

    Les critères relatifs à la régionalité et à l’authenticité des produits sont partagés tant par la demande dans l’hôtellerie-gastronomie que par la demande dans le tourisme. Ceux-ci s’inscrivent dans l’engouement actuel pour les produits du terroir, dans lequel s’inscrit la demande en produit d’alpage. De plus, la qualité paysagère ainsi que l’ambiance des métairies participant de la demande en services d’alpage. Ces différents aspects sont autant de qualités attribuées aux régions d’estivage de l’Arc jurassien ainsi qu’à leurs produits. Celles-ci sont mises en valeur par les acteurs de la promotion régional qui participent ainsi à la distinction des produits et services issus d’une agriculture qui est aujourd’hui confrontée à de nombreuses difficultés dans le contexte du marché alimentaire mondial libéralisé.

  • Argumentaire de l'étudiant vis-à-vis du Prix

    Mon mémoire et le projet de recherche AlpFUTUR dans lequel il s'inscrit visent à élargir les connaissances sur l'agriculture d'alpage suisse, en vue de chercher les moyens de contribuer à son développement durable.

    L'agriculture d'alpage mérite en effet que l'on s'attarde sur ses perspectives d'avenir puisqu'elle se trouve aujourd'hui menacée notamment par la concurrence de l'agrobusiness international et de l'agriculture intensive, en raison de sa faible rentabilité.

    Sa valeur est toutefois multiple. Il s'agit d'une forme d'agriculture familiale primordiale pour l'entretien des pâturages boisés de l'Arc jurassien et des zones d'estivage alpines. Par ses traits culturels et symbolique mais aussi la biodiversité qu'elle maintient, celle-ci a un rôle central à jouer dans la préservation de la nature et du paysage culturel suisse.

    La revalorisation de cette forme typique d'agriculture par la mise en exergue de ses spécialités su terroir ainsi que par le développement de l'agrotourisme fait partie des stratégies de la politique agricole suisse.

    Mon travail a permis de mettre en lumière les aspects environnementaux, sociaux et économiques de la valorisation des produits et services d'alpage dans l'hôtellerie-gastronomie et le tourisme. La consommation de produits régionaux et de saison tels que les produits d'alpage est une pratique favorable à l'environnement. Elle permet notamment de réduire l'importation de produits provenant d'autres pays dont le transport représente un coût écologique conséquent. La consommation de produits d'alpage relève également des aspects économiques et sociaux du développement durable puisqu'elle permet d'apporter un soutien financier aux familles paysannes qui la pratiquent, notamment par la vente directe. Leur mode de vie et de production particuliers est ainsi soutenu. Le développement de l'agrotourisme d'alpage permet quant à lui de renforcer cette tendance de consommation, notamment en sensibilisant les visiteurs et visiteuses.

    Cependant, ce mémoire a aussi permis de relever les limites de la valorisation des produits et services d'alpage dans l'hôtellerie-gastronomie et le tourisme comme stratégie de durabilité. Le développement du tourisme demande notamment un investissement financier et temporel conséquent pour ces exploitations agricoles dont la la survie économique représente un défi de plus en plus difficile à relever. Le développement de la vente de produits d'alpage dans l'hôtellerie-gastronomie est quant à lui confronté à la question de capacités de production de ces exploitations agricoles familiales de petite taille ayant peu de ressources humaines à disposition.

    Ce mémoire s'est donc avéré utile dans l'analyse de la stratégie axée sur la revalorisation de l'agriculture d'alpage suisse par le développement de la demande de produits et services d'alpage. Il est cependant également important de relativiser l'apport concret de cette tactique et d'ouvrir la réflexion à d'autres pistes favorables au développement durable de l'agriculture d'alpage de l'Arc jurassien.

Matthieu Aubert

Impact d'une exigence légale environnementale sur l'innovation: le cas des gros consommateurs neuchâtelois.

Faculté des sciences économiques.

Supervision: Prof. Alain Schoenenberger et Prof. David Maradan.

Ce travail confronte une hypothèse économique dite de Porter, stipulant que les entreprises peuvent acquérir un avantage compétitif lors de l’instauration d’une réglementation environnementale, au cas des entreprises neuchâteloises soumises à la taxe sur les gros consommateurs. Il met en évidence que dans le cas neuchâtelois, l’exigence légale en soi n’a permis d’apporter aucun avantage compétitif, mais que les entreprises ont spontanément entrepris de réduire leur consommation énergétique principalement pour des raisons de rentabilité et d’image.

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  • Résumé du travail

    Une réglementation environnementale est une contrainte qui diminue les perspectives de profits des entreprises, selon la théorie économique classique. Depuis le milieu des années 1990, d'autres visions sont apparues pour remettre en cause cet état de fait: l'hypothèse de Porter et la notion du double dividende stipulent que les entreprises acquerraient au contraire un avantage compétitif à l'instauration de réglementations environnementales qui les incite à innover et à se démarquer de leurs concurrents. L’innovation ainsi développée leur permettrait non seulement de réduire leur empreinte écologique, et, de facto, d’augmenter le bien-être global de la société, mais également de découvrir de nouvelles manières de produire, ou de nouveaux produits.

    En 2011, le Canton de Neuchâtel était l’un des précurseurs en Suisse à insérer dans sa loi sur l’énergie une exigence légale qui imposait aux gros consommateurs d’énergie électrique ou calorifique de réduire leur consommation. Cette réglementation environnementale visait alors à contraindre les entreprises à faire des efforts sur leur consommation afin de réduire l’impact environnemental des émissions de CO2 et la dépendance du canton envers des fournisseurs énergétiques extérieurs. Comment les gros consommateurs neuchâtelois ont-ils réagi à l’introduction de l’exigence légale ? Cela a-t-il changé leur comportement, cela les a-t-il incités à innover ?

    L’exigence légale ne leur a apporté aucun avantage compétitif. Les entreprises n’ont pas attendu qu’une telle exigence soit inscrite dans la loi pour investir, innover, et réduire leur consommation d’énergie. Les objectifs que les gros consommateurs se sont fixés sont en grande partie dépassés. De nombreux efforts ont été consentis par les entreprises et ce avant la mise en application de l’exigence légale. Les deux principales raisons de ces investissements sont la rentabilité des mesures prises et l’image de respect de l’environnement que l’entreprise souhaite véhiculer.

  • Argumentaire de l'étudiant vis-à-vis du Prix


    Selon le rapport Brundtland, l'un des axes prioritaires du développement durable est de produire plus avec moins, permettant ainsi aux pays en voie de développement de diminuer leur pauvreté endémique et aux pays industrialisés de maintenir un niveau de vie élevé tout en réduisant leur impact environnemental.

    Dans ce contexte, la notion de l'hypothèse de Porter est particulièrement intéressante: elle suppose qu'une règlementation environnementale contraignante permettrait aux entreprises d'acquérir un avantage compétitif par de l'innovation, tout en réduisant leur impact environnemental, conférant un double-dividende: amélioration de la compétitivité de l'entreprise (innovation) et du bien-être sociétal (réduction de l'empreinte environnementale).

    Dans les faits, mon étude révèle une problématique plus complexe et une hypothèse de Porter non vérifiée. Cependant, si les entretiens menés ne révèlent pas de double dividende, ils ont révélé que les gros consommateurs prennent des mesures importantes visant à réduire leur consommation énergétique, mais que ces mesures ne sont pas liées à la règlementation mise en place. La raison de ces multiples mesures prises sont doubles: d'une part elles permettent des économies, diminuant les facteurs de coût de l'entreprise et d'autre part e sens des responsabilités (notion clé selon le rapport Brundtland) est omniprésent: les gros consommateurs ont conscience qu'ils occasionnent des externalités négatives et mettent tout en oeuvre pou les réduire au maximum.

    La complexité d'un marché mondial et global ne permet cependant pas de dégager les montants nécessaires à l'investissement en tout temps. La priorité d'une entreprise est de (sur)vivre, de créer de l'emploi et, donc, de vendre des produits à un marché de plus en plus exigeant sur la qualité, la précision, la santé, la sécurité. Les consommations énergétiques ne sont ainsi pas la priorité face à ce marché exigeant, démontrant davantage encore la prise de conscience environnementale des gros consommateurs.

    Mon étude se voulait une incursion dans le monde entrepreneurial, parfois méconnu de ceux qui édictent les politiques énergétiques et environnementales. Elle démontre qu'environnement, écologie et industrie ne sont pas incompatibles, bien au contraire. Dans la très grande majorité des cas des gros consommateurs étudiés, la question du développement durable est importante et concrétisée dans les faits, démontrant un sens des responsabilités omniprésent, tel que préconisé dans le rapport Brundtland, tout en gardant à l'esprit qu'une entreprise s'imbrique dans un modèle complexe d'interconnexions et de compétitivité globale. Mon travail révèle également l'inefficacité de politiques trop contraignantes: lorsque l'industrie a la flexibilité du modèle pour elle, elle outrepasse les objectifs qu'elle se fixe.