La vie après l'UniNE

« J’ai découvert ma voie en cours de route »

Nicolas Feuz, Procureur du canton de Neuchâtel et écrivain

Auteur de thrillers - dont la fameuse trilogie massaï - et magistrat au Ministère public neuchâtelois, Nicolas Feuz a passé sa licence en droit à l’Université de Neuchâtel en 1994 et obtenu son brevet d’avocat en 1996. Elu en 1999 comme juge d’instruction, puis en 2011 comme procureur du canton de Neuchâtel, il vient de publier son septième polar Horrora Borealis, dont l’intrigue se déroule entre les rives du lac de Neuchâtel et la Laponie en Finlande.

Nicolas Feuz Nicolas Feuz, un procureur qui écrit, c’est plutôt atypique. Comment êtes-vous arrivé à l’écriture ?
Ça faisait quelques années que ça me titillait. J’avais des scénarios de polar plein la tête, mêlant la réalité du terrain à ma passion pour les intrigues policières, que soit au travers des livres (Jean-Christophe Grangé, l’auteur des Rivières pourpres ou Fred Vargas), des films (Seven, Nikita ou Léon que j’adore) ou des téléfilms. J’avais fait un essai avec un de mes dossiers en 2005, en travestissant les lieux et les personnages, mais le final était trop proche de la réalité. Le manuscrit est resté dans un tiroir. J’ai eu le déclic en 2010. Ma famille et moi sommes partis au Kenya lors des vacances d’automne. Nous avions quelques jours de balnéaire avant le safari. C’est à ce moment que j’ai écrit le scénario du premier tome de ce qui est devenue La trilogie massaï. De retour en Suisse, je me suis attelé à sa rédaction. A Noël, Ilmoran était terminé. J’ai enchaîné avec le 2e et le 3e tome (Ilayok, 2011, et Ilpayiani, 2012), sans avoir de projet de publication. Courant 2011, j’ai fait lire mon premier livre à mon entourage qui m’a encouragé à aller plus loin.

En 2013, vous avez sorti en bloc les trois livres de La trilogie massaï. Quel accueil le public leur a-t-il réservé ?
A ma grande surprise, ça a rapidement fonctionné ! Et ce n’était pas gagné d’avance. Après quelques tentatives infructueuses auprès de maisons d’éditions parisiennes, j’ai opté pour TheBookEdition.com, une société française d’auto-d’édition, basée à Lille, qui m’a permis d’éditer et de publier mes propres livres. Restait encore à s’occuper de la distribution et de la promotion .... Pour l’anecdote, quand j’ai débarqué pour la première fois chez Payot en février 2013 avec ma dizaine de bouquins planqués dans mon sac à dos pour les mettre en dépôt, je n’en menais pas large. Encore plus quand j’ai dû expliquer à la responsable la raison de ma présence. Elle a accepté de les mettre en rayon. Le soir, ils étaient tous vendus et la librairie me passait commande pour une cinquantaine d’ouvrages. Depuis 2012, j’ai écoulé environ 50 000 exemplaires de mes titres en Suisse romande. Et l’avenir s’annonce plutôt bien : je suis sur le point de signer un contrat avec une grande maison d’édition française, dont je ne peux pas encore dévoiler le nom, pour de nouveaux romans. Si tout va bien, mes livres seront diffusés à grande échelle en France, en Belgique ou encore au Québec dès 2018 !

Comment réussissez-vous à concilier votre vie d’éditeur et d’écrivain avec celle de magistrat ?
Je les dissocie parfaitement. La journée, j’effectue mon travail. Jusqu’à 2010, j’occupais la fonction de juge d’instruction, ce qui signifie que j’allais sur le terrain, lors par exemple d’homicides, pour mener l’enquête préliminaire et préparer les dossiers pour le procureur. Le nouveau code de procédure pénale suisse ayant supprimé la fonction, je suis procureur depuis 2011. Dans les faits, je continue à faire mon travail de juge d’instruction et je vais en plus plaider devant le tribunal. Une fois le soir arrivé, je m’adonne à mon « hobby ». De manière un peu schématique, j’écris toujours entre août et décembre, à raison de trois fois par semaine, avec en fond de la musique, que j’adapte en fonction des scènes. Pour le suspens, il y a la BO de The Thing, un film génial de John Carpenter, mélangeant science-fiction et horreur. Ou encore celle assez inaudible de Freddy les griffes de la nuit ou du Professionnel, avec Jean-Paul Belmondo, qui est très belle. J’en ai d’autres pour les scènes d’action, les courses poursuites, etc.

Etre procureur, c’était une vocation ?
Non, pas vraiment. En entrant à l’Université, j’ai choisi le droit, mais j’aurais très bien pu faire sciences éco ou les lettres. J’ai même hésité à devenir prof de sport - à l’époque, j’étais en ligue nationale de basket. C’est pendant mes études que j’ai découvert les différentes disciplines du droit. Le droit pénal a toujours été mon préféré. Une fois ma licence en poche, j’ai passé mon brevet d’avocat chez Denis Oswald, une étude d’avocats neuchâteloise. Je n’avais pas du tout le projet de devenir magistrat, car je ne savais pas ce que c’était à l’époque. J’ai découvert les professions judiciaires, à savoir : celles de juge, de procureur et de juge d’instruction. Cette dernière ne m’attirait pas du tout : je savais que les juges d’instruction se déplaçaient sur les scènes de crime, qu’ils voyaient des choses terribles. Ça me faisait peur ! Et puis, j’ai eu la chance au terme de mon brevet d’être pendant dix mois l’assistant-juriste de l’ancien conseiller d’Etat et procureur Thierry Béguin, un personnage fantastique ! J’ai baigné à 100% dans le pénal. Ça a été la révélation ! J’ai toutefois quitté ce milieu pour rejoindre celui de l’Université de Neuchâtel où j’ai été engagé comme assistant du professeur Olivier Guillod. Dans ma tête, j’étais parti pour quatre ans, dans le but de faire mon doctorat. Et puis, des postes de juge se sont libérés. J’ai envoyé des postulations et ai été engagé comme juge d’instruction. Ça a mis un terme à ma carrière académique.

Quels sont les points forts de vos études de droit ?
La Faculté de droit de l’UniNE avait à l’époque une excellente réputation. Elle l’a toujours d’ailleurs, grâce à des professeurs qui ont été et qui sont aujourd’hui encore des références dans toute la Suisse. Parmi les figures qui m’ont le plus marqué, je citerai : Jean-François Aubert, spécialiste en droit constitutionnel, Philippe Bois, professeur de droit administratif, ainsi que les professeurs Olivier Guillod (actuel vice-recteur de l’UniNE et directeur de l’Institut de droit de la santé, ndlr) et également Pierre Wessner, spécialisé dans le droit des obligations. Ils m’ont montré qu’on pouvait atteindre des sommets au niveau carrière tout en restant humble et accessible. C’est resté des exemples !

Quel souvenir gardez-vous de l’Université en général ?
Ça fait partie des plus belles années de ma vie. Que ce soit au niveau du cadre - pouvoir réviser ses cours sur l’herbe au bord du lac, c’est un peu cliché, mais c’est top ! - de l’accessibilité des professeurs ou des études, c’était génial ! J’étais encore dans un système d’étude où il y avait les fameux quatre mois de vacances en été, entre juin et octobre. Bien sûr, il y avait les sessions d’examen d’octobre à préparer. Mais ça nous laissait suffisamment de temps pour faire autre chose : j’ai par exemple réalisé un de mes rêves, à savoir enseigner, en alignant les remplacements à l’école secondaire.

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant ou futur étudiant ?
Au moment de commencer l’Université, il ne faut pas avoir peur. Cela n’a rien à voir avec le lycée. C’est une prise en charge personnelle différente : la liberté académique est importante, on ne vous prend pas par la main. On se trouve dans des matières qui nous plaisent. Et on peut découvrir sa voie en cours de route. Peut-être que si j’avais fait sciences éco, je serais aujourd’hui directeur de banque et également très heureux (rires).


Ouvrages publiés :

Horrora Borealis, 2016
Les Bouches, 2015
Emorata : Pour quelques grammes de chair, 2014
La septième vigne, 2013
Ilpayiani, le crépuscule massaï, 2013
Ilayok, le berceau de la folie, 2013
Ilmoran, l’avènement du guerrier, 2013
 

Interview UniNE 2017

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