La vie après UniNE

« Il faut écouter sa passion »

Loïs Siggen Lopez, journaliste

Loïs Siggen-Lopez a obtenu un Master en journalisme en 2012. Il travaille actuellement à RTS La Première, où il traque mensonges et approximations dans la rubrique matinale «Factuel».

Comment le journalisme est-il venu à vous ?

Je suis obligé de commencer par une petite remontée dans le temps. J’ai passé un bac plutôt orienté littéraire, j’ai fait beaucoup de théâtre… Lorsque je me suis inscrit à l’université, je me suis donc inscrit en Lettres, avec une des branches en sciences économiques. Après deux semaines, j’ai changé d’avis, en craignant un peu la question des débouchés. J’ai décidé de passer complètement en sciences économiques, en me disant que même si j’étais vraiment nul en maths et en éco, ce serait l’occasion d’essayer d’y comprendre quelque chose ! Et finalement, je me suis fait prendre par cette filière économique !

A la fin du bachelor, j’ai vu l’annonce de la création du Master en journalisme. Je n’avais aucune expérience dans ce secteur, mais j’ai eu envie de m’y embarquer : curiosité, métier difficile et touche-à-tout, horaires irréguliers, je me suis dit que c’était pour moi. J’ai réussi la sélection. Mais je me suis retrouvé dans une classe où presque tous avaient des expériences dans le journalisme. Constatant que j’avais donc un retard à rattraper, je me suis mis à travailler. J’ai commencé à faire des piges pour L’Express, puis l’agence LargeNetwork à Genève, enfin quelques mois de radio à RTN. J’ai donc mené parallèlement le côté universitaire et le côté pigiste. Et finalement, c’est alors même que je passais mon master que j’ai été engagé à la RTS.

Dans la rubrique « Factuel », vous vérifiez certaines affirmations, souvent chiffrées, assénées par les politiciens. Cela s’appelle du fact-checking et c’est une démarche nouvelle en Suisse.

La rédaction en chef a souhaité que la Première développe un espace de fact-checking. Une approche développée depuis longtemps dans les médias anglo-saxons et présente depuis quelques années en France. Avec ma collègue Séverine Ambrus, nous avons ficelé le projet, développé la démarche, le timing, les maquettes. Aujourd’hui, cela fonctionne bien. Le plus gros du travail, c’est finalement de trouver le sujet. Cela représente des heures d’écoute ! A la différence d’autres formes de journalisme, ce n’est pas nous qui initions le sujet, c’est le sujet qui vient à nous, puisque nous devons réagir à quelque chose qui a été dit, qu’il s’agisse de chiffres, d’un propos historique ou d’une autre affirmation. Et quand on trouve un sujet qui apparaît comme vérifiable, on l’arrête. Commence alors le travail d’enquête, un gros travail de recherche et de vérification. Certaines enquêtes peuvent prendre jusqu’à 4-5 jours, d’autres sont liquidées en un après-midi.

Le mensonge ou l’approximation que vous êtes le plus fier d’avoir mis à jour ?

Le sujet de la toute première chronique, je crois. Un politicien – que je ne nommerai pas ici – qui affirmait que la criminalité avait doublé ou triplé dans plusieurs cantons suisses en six mois, cela en lien avec une certaine population étrangère. Et c’était totalement faux, aucune augmentation n’avait été constatée ! On a d’ailleurs constaté qu’une année auparavant, ce même politicien avait sorti le même argument dans un blog, en évoquant les six mois précédents. Donc d’une année à l’autre, il ressortait la même thèse, sans rapport avec la réalité.

Un titre universitaire n’est pas obligatoire pour pratiquer le journalisme et la majorité des journalistes romands sont simplement passés par le CFRJ (Centre romand de formation des journalistes) devenu récemment CFJM (Centre de Formation au Journalisme et aux Médias). Quels sont selon vous les points forts de la formation académique que propose l’UniNE ?

Comme préalable, je dirais qu’il ne faudrait pas que tous les journalistes passent par une formation académique, parce qu’il est important qu’il y ait différents types de journalistes, de regards. Ce sont des canaux de formation différents, qui amènent à des approches complémentaires par rapport au journalisme. Mais le fait qu’il existe maintenant un Master en journalisme est formidable ! On peut y prendre le temps de réfléchir sur des grands thèmes, les fondements du journalisme, son avenir, la crise de la presse…. Il y a d’un côté cette dimension universitaire, où l’on réfléchit de manière assez théorique, mais aussi une dimension réellement concrète à travers les stages, c’est un équilibre important.

Cette approche académique du journalisme a-t-elle influencé votre regard sur la presse ?

Cela a renforcé mon attachement aux valeurs du journalisme comme contre-pouvoir, son lien avec la notion de démocratie. Pour moi, cela a même été un moteur pendant mes études. Le fait d’avoir des intervenants comme Edwy Plenel, ancien rédacteur en chef du Monde, est stimulant : même s’il est peut-être contestable parfois dans ses opinions, c’est un homme qui valorise la remise en cause, l’esprit critique. Bref, pour moi, c’était important d’avoir cet aspect théorique, réflexif, sur les fondements du journalisme. Il n’y a pas que du contenu dans un journal, mais, derrière, l’espoir de servir à quelque chose dans le débat démocratique. Et pour moi c’est essentiel.

Dans la pratique de votre travail, que retenez-vous de vos études ?

Par rapport à notre chronique, le cursus en économie m’aide beaucoup. Une cascade de chiffres ne me fait pas peur. Je pense que mon bachelor en économie, je l’utilise tous les jours, en maniant des chiffres, en faisant des moyennes, des pourcentages ! Et il est certain que le master en journalisme m’a appris à écrire, à développer une écriture spécifique, celle du journalisme : courte, concise, percutante. La structuration d’un article, les fameuses questions qui, quoi, quand, où, pourquoi, comment, comment commencer un article etc. A l’origine, je n’étais vraiment pas bon dans cet exercice-là, et c’est au cours de mes études que j’ai appris.

Vous êtes également passés par plusieurs autres jobs d’étudiant, au Palace de Lausanne, chez Tag-Heuer ou au NIFFF, vous avez aussi enseigné au Collège des Coteaux… C’est important, la diversité des expériences professionnelles ?

Indispensable ! J’ai beaucoup utilisé ma liberté académique. Pas uniquement pour me remettre des jeudis soirs trop arrosés, mais aussi et surtout pour travailler pendant mes études. J’avais besoin de rentrées d’argent et envie d’être sur le terrain ! C’est une qualité de l’Université de Neuchâtel que de laisser la possibilité d’avoir parallèlement ce type d’activités. Ou disons que Neuchâtel le permet d’autant mieux que l’université n’étant pas trop grande, les profs étant très accessibles, il est peut-être plus facile qu’ailleurs de rattraper des cours, de combler des lacunes. Il y a beaucoup de souplesse à l’UniNE.

Quel conseil auriez-vous à donner à un futur étudiant ?

Choisir ses études en fonction de son envie. Et ne pas trop penser à la question des débouchés. Il faut se demander ce qu’on a envie d’étudier, sur le moment, mais considérer alors ce qu’on fait presque comme une activité professionnelle. Les étudiants ont parfois tendance à prendre leurs études – je l’ai aussi fait, un peu trop – comme un job à temps partiel. L’idée que cela débouchera quoi qu’il en soit sur un papier et qu’on verra bien ensuite ce qu’on peut faire avec ce papier !

Cela peut marcher aussi, et j’ai eu parfois cet état d’esprit. Mais je pense que si on fait vraiment ce qu’on a envie de faire, on sera bon dans cette matière-là. Et que l’on soit dans une branche scientifique ou littéraire, cela débouchera sur quelque chose. Il faut écouter sa passion. C’est ainsi que j’ai fonctionné en fonçant dans le journalisme. C’est le meilleur moyen de s’investir. Pour ce qui est du marché du travail, de toute façon, on n’en sait rien, il peut y avoir trois crises entre le moment où l’on choisit ses branches et celui où l’on sort de l’université ! Avec un peu de recul, je crois que c’est le meilleur conseil que je puisse donner.

Interview UniNE 2014

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