La vie après UniNE

« Oser, avoir confiance en soi, travailler, ne pas se laisser décourager »

Laurent Sigismondi, General Counsel chez DKSH

Licencié en droit en 1998, Laurent Sigismondi a défendu sa thèse en droit de la concurrence à l’Université de Neuchâtel en 2006, après avoir obtenu deux masters, l’un en droit européen et l’autre en droit international à Bruges et à New-York. Il vit depuis dix ans à Zurich, où il a travaillé pour différentes entreprises internationales. Il dirige aujourd’hui le service juridique de DKSH, le leader des Market Expansion Services en Asie.

Homburger, Holcim, Novartis et enfin DKSH… En dix ans, vous avez occupé des postes à responsabilité dans des entreprises aussi diverses que prestigieuses. Quel est votre moteur ?

J’aime relever des défis et découvrir de nouveaux concepts. Je n’ai jamais eu de plan professionnel préétabli, mais je crois que chaque fonction doit idéalement servir à « bâtir un CV », un peu comme un puzzle qu’on assemble sans avoir vu l’image au début. Par exemple, chez le cimentier saint-gallois Holcim, j’étais chargé des aspects de compliance (respect des lois), et chez Novartis, l’une de mes fonctions principales était le conseil lié à l’initiative Minder (initiative contre les rémunérations abusives, ndlr). Chacune de ses tâches représentait un beau défi. A chaque fois, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer des personnes qui m’ont fait progresser. J’ai appris à appréhender les problèmes sous des angles très différents. A mon avis, la motivation et la flexibilité sont des qualités indispensables dans le monde actuel.

En début d’année, vous avez décidé de quitter Novartis, l’une des entreprises les plus importantes du pays, pour rejoindre DKSH. Pourquoi ?

Je crois qu’il est important de quitter une fonction lorsque la mission principale est accomplie. C’était le cas chez Novartis. J’étais donc prêt à relever un nouveau défi. DKSH est une entreprise dynamique, active dans un environnement très compétitif. En outre, l’essentiel de nos activités a lieu en Asie, une région fascinante et en plein développement.

Quelles sont justement vos tâches principales chez DKSH ?

DKSH est le leader des Markets Expansion Services en Asie. Elle offre une gamme complète de services, incluant tous les aspects liés à la commercialisation et la distribution d’un produit en Asie, tels que le sourcing, les analyses de marché, le marketing, la distribution, la logistique, etc. Bien que moins connue en Suisse romande, avec un chiffre d’affaire de près de 10 milliards en 2014 et quelque 27.000 collaborateurs, DKSH est un acteur économique majeur en Asie. L’entreprise a en outre une histoire fascinante. Les origines de la société remontent à plus de 150 ans, lorsque trois pionniers suisses partirent en Asie fonder des maisons de commerce. Comme l’activité de la société repose en grande partie sur des rapports contractuels, les aspects juridiques y jouent un rôle important. En tant que General Counsel, je suis responsable du conseil juridique de l’entreprise. Dans cette fonction, j’ai la chance de pouvoir compter sur le soutien d’une vingtaine de collaborateurs spécialisés.

Vous avez travaillé durant toutes ces années dans des secteurs éminemment économiques. Pourquoi avoir choisi le droit à l’Université ?

Initialement, je voulais faire des études en économie, car j’ai toujours eu plus d’affinité avec les chiffres et l’organisation économique m’a toujours fasciné. Je me suis cependant laissé séduire par les études juridiques pour différentes raisons. Je voulais mieux comprendre l’origine des normes applicables dans notre société : on s’applique généralement à enrober les lois d’objectivité, mais il y a en fait souvent beaucoup d’humain derrière nos règles de comportement. J’aime aussi dialoguer et discuter de problèmes de société jusque dans le détail. J’ai donc entamé des études de droit, tout en conservant un intérêt marqué pour tous les aspects économiques. C’est ce qui m’a poussé, à la fin de mes études, à rejoindre des entreprises et à faire, plus tard, un Executive MBA à Saint-Gall.

Sans oublier votre thèse que vous avez consacrée au droit de la concurrence…

Oui, tout à fait. Le droit de la concurrence se trouve précisément à la croisée des chemins entre le droit et la théorie économique. Par ailleurs, je garde un excellent souvenir de mes années de rédaction de thèse à Neuchâtel. Ça a été l’occasion d’approfondir mes connaissances dans beaucoup de domaines différents, y compris dans ceux qui n’avaient rien à voir avec ma thèse. Auparavant, j’avais également eu l’occasion de découvrir des approches très différentes lors de mes séjours à l’étranger. Ces expériences ont été formatrices. En Belgique (Collège d’Europe), j’ai découvert l’Europe dans toute sa diversité, par l’intermédiaire de quelque 300 étudiants issus de tout le continent, imprégnés de cultures différentes. A New-York (Columbia University), c’est l’amour pour la science et la liberté académique dont était imprégné le monde universitaire qui m’ont le plus marqué. Là-bas, il y a une véritable concurrence entre chercheurs et enseignants, bénéfique pour le rayonnement des universités.

Par rapport aux universités que vous avez fréquentées, quels sont les points forts de celle de Neuchâtel ?

Je crois que la société neuchâteloise est fortement marquée par les valeurs chrétiennes, protestantes en particulier. Cette influence était perceptible dans la manière d’enseigner le droit à l’Université. Les concepts y étaient présentés de manière très claire, structurée et rigoureuse. Cette clarté m’accompagne encore aujourd’hui. Un autre avantage indéniable de Neuchâtel est la taille humaine de l’université, qui facilite le rapprochement entre étudiants et enseignants. Il existe une vraie proximité qui permet non seulement d’étudier la matière de façon optimale, mais aussi de discuter directement avec les professeurs. Cela permet de percevoir leur façon de penser, mais également de partager leur passion pour la matière. Cela est particulièrement vrai lorsqu’on a la chance de pouvoir être assistant d’un professeur. Pour ma part, j’ai été très marqué par mon maître de thèse, Petros Mavroidis, ainsi que par Jean-François Aubert, professeur de droit constitutionnel. Tous deux sont profondément inspirés par leur domaine de prédilection, tout en nourrissant leurs analyses de concepts empruntés à d’autres domaines. De manière générale, les étudiants sortant de la Faculté de droit de l’Université de Neuchâtel n’ont, à mon humble avis, pas grand-chose à envier aux étudiants d’autres universités. Seul bémol : si la Faculté de droit offre une très bonne formation à ses étudiants, dans le domaine de la recherche, son poids est moins significatif qu’il ne pourrait l’être.

Aujourd’hui, vous retournez à l’Université, non pas pour étudier, mais pour enseigner.

J’ai en effet la chance de pouvoir garder un pied dans le milieu académique en enseignant à l’Université de Fribourg. Le monde académique est un lieu privilégié où se façonnent les développements théoriques – qui finiront par influencer la pratique de demain – et où les échanges d’idées se font dans une atmosphère de respect mutuel. C’est pour moi aussi une manière de porter un regard différent sur le monde économique. Et puis, surtout, durant toutes mes années d’études, j’ai pu bénéficier de divers soutiens publics. J’avais envie de rendre à la communauté ce qui m’a été donné.

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant ou futur étudiant ?

Pour « réussir », je crois qu’il est fondamental d’oser, d’avoir confiance en soi, de travailler et de ne pas se laisser décourager. « Feedback is the breakfast of champions. » La critique, les expériences, parfois difficiles, vous forcent à vous améliorer. J’ai toujours gardé en tête le credo de Vince Lombardi, un entraîneur de football américain légendaire, qui disait en substance : « La plupart des gens ont envie de gagner, mais peu sont vraiment prêts à se préparer à gagner (Most people have the will to win, few have the will to prepare to win) ». Une préparation de qualité finit toujours par porter ses fruits.

 

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