Badinter Robert

Laudatio de M. Robert Badinter, Dr h. c. Dies Academicus 2009

Selon l’auteur américain Robert Half, « La persévérance, c’est ce qui rend l’impossible possible, le possible probable et le probable réalisé ».

Vous avez fait preuve d’une persévérance remarquable, M. Badinter, lorsqu’au mois de septembre 1981, en votre qualité de Garde des Sceaux, vous avez présenté devant l’Assemblée nationale, puis le Sénat, le projet de loi visant à l’abolition de la peine de mort en France. Nous étions derrière notre petit écran pour suivre le premier débat intégralement retransmis à la télévision. Nous nous souvenons encore tous de votre discours que vous avez ponctué par cette phrase exceptionnelle de gravité et d’éloquence : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue ».

« Eternel avocat des causes désespérées », selon vos propres termes, vous serez associé à jamais à l’abolition de la peine de mort en France. On trouve dans votre démarche toutes les qualités d’un grand homme :

  • La persévérance nous l’avons dit puisque vous étiez l’un des principaux animateurs, depuis plus  d’une décennie, du parti abolitionniste ;
  • le courage, dans un pays dans lequel la grande majorité de l’opinion publique était favorable à la peine de mort et dans lequel vous-même et votre famille receviez presque quotidiennement des menaces de mort ;
  • la force de conviction, basée sur la qualité de l’argumentation et le refus de toute démagogie ;
  • et enfin, l’éloquence, fondée sur le choix et la connaissance de la valeur des mots, sur la clarté de la démonstration.

Durant cette période, vous avez conduit une politique active de promotion des libertés publiques. Vous avez supprimé les juridictions d’exception et fait adopter des lois accordant de nouveaux droits aux victimes.

Certes, la plupart de nos étudiants sont évidemment trop jeunes pour avoir suivi ces débats.

Et pourtant, ils vous connaissent et vous admirent M. Badinter, vous qui êtes présent dans de nombreux enseignements donnés à la Faculté de droit. Vos idées, vos écrits, votre action, sont partie intégrantes de nos cours de droit pénal ; de droit pénal international, de criminologie ; de droit constitutionnel ; de rhétorique, et même du cours d’histoire du droit lorsque celui qui vous parle présente l’apport de Cesare Beccaria.

On vous sait pudique, peu enclin à vous épancher sur votre vie privée. Il est toutefois remarquable que cette année-même où nous vous accueillons à Neuchâtel, deux biographies qui vous sont consacrées viennent de paraître de manière presque concomitante (Paul Cassia, Robert Badinter, Un juriste en politique et Pauline Dreyfus, Robert Badinter, L’épreuve de la justice) et deux téléfilms retraçant une partie de votre vie a été diffusé (L’Exécution et l’Abolition, de Jean-Daniel Verhaeghe diffusés sur France 2).

Tributaire d’une histoire personnelle dramatique, victime de la barbarie nazie, votre père Simon ayant été arrêté et déporté, vous avez consacré votre existence à la lutte contre les discriminations, les racismes et les persécutions, au combat pour la vie et la dignité humaine.

Partout et toujours, M. Badinter, vous avez été un fidèle serviteur de la Justice : comme avocat, comme Professeur à la faculté de droit ; comme Ministre de la Justice comme Président du conseil constitutionnel, et plus récemment comme sénateur. Vous avez également œuvré sur le plan international à la création du Tribunal International pour l’ex-Yougoslavie, de la Cour Pénale Internationale de la Haye, ainsi que de la Cour de Conciliation et d’Arbitrage de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, Cour que vous présidez depuis 1995.

Toujours présent sur la scène politique, votre autorité et vos opinions sont respectées bien au-delà de votre camp politique.

M. Badinter, c’est un grand honneur pour la Faculté de droit que vous soyez associé aux festivités du centième anniversaire de l’Université de Neuchâtel par la remise du titre de docteur en droit honoris causa.


Jean-Philippe Dunand, doyen de la faculté de droit

Neuchâtel, le 7 novembre 2009

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