Giuliano Amato

Laudatio de M. Giuliano Amato, Dr h. c. Dies Academicus 2006

Né à Turin à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Giuliano Amato entreprend de brillantes études de droit à l’Université de Pise, où il obtient sa licence en 1960, avant de compléter sa formation à la « School of Law » de l’Université de Columbia, à New York, dont il décroche un master en droit compa-ré en 1962.

Eminent juriste, Giuliano Amato enseigne ensuite le droit constitutionnel dans les Universités de Mo-dène, de Perugia et de Florence, pour être finalement nommé professeur de droit constitutionnel ita-lien et comparé à la prestigieuse Ecole de Science politique de l’Université « La Sapienza » de Rome, où il restera de 1975 à 1997.

Parallèlement, touché par un sens précoce de l’engagement civique, Giuliano Amato adhère très jeune au Parti socialiste italien. Au cours d’une carrière politique exceptionnelle, il assume avec brio de multiples fonctions successives, que ce soit, d’abord, comme directeur de l’IRES, le centre d’études du plus gros syndicat ouvrier italien, la CGIL, en 1978, puis comme membre du Parlement italien de 1983 à 1993, comme Secrétaire général de la Présidence du Conseil de 1983 à 1987, comme Ministre du Trésor et vice-président du Conseil des Ministres de 1987 à 1989, comme Premier Ministre de 1992 à 1993, comme Président de la Commission Antitrust de 1994 à 1997, puis à nou-veau comme Ministre des réformes institutionnelles, puis Ministre du Trésor et Premier Ministre, de 1999 à 2001 et, pour terminer, comme membre du Sénat puis de la Chambre des députés, avant de devenir, ce printemps, Ministre de l’intérieur de l’actuel Gouvernement italien. Dans toutes ces nom-breuses charges politiques, Giuliano Amato s’est toujours distingué par son éthique et sa faculté de percevoir les problèmes avec une très grande acuité.

Politicien dont le courage, la probité et la très grande intelligence forcent le respect, il a notamment lancé, en 1992, alors que la vie politique italienne était en pleine tempête, un vaste et audacieux pro-gramme d’assainissement des finances publiques et de privatisation, dévaluant la lire et sauvant pro-bablement son Etat de la faillite, ce qui lui a valu la reconnaissance et l’estime générale des gouver-nements européens. 

Rien dès lors de surprenant à ce que, en décembre 2001, les leaders de l’Union européenne aient fait appel à lui et l’aient nommé, au côté de l’ancien Premier Ministre belge Jean-Luc Dehaene, vice-président de la Convention présidée par M. Valéry Giscard d’Estaing et chargée de rédiger un projet de Constitution pour l’Europe.

Dévoué à son parti, à ses idées, à son pays et à l’Europe, Giuliano Amato n’a jamais oublié pour au-tant sa passion pour le droit et son profond attachement au milieu académique. Auteur de nombreu-ses publications consacrées notamment à l’économie et aux institutions publiques, aux libertés per-sonnelles et au fédéralisme, il est aujourd’hui professeur dans deux des plus prestigieuses Universités européenne et américaine, l’Institut universitaire européen de Florence et la New-York University Law School.  Homme de « génie flexible », Giuliano Amato s’est toujours distingué par son aptitude à se hisser au-dessus des querelles partisanes et il est parfois décrit comme un « pontonnier », en raison de sa ca-pacité à dépasser les clivages politiques et à rapprocher les antagonistes.  C’est dès lors un privilège et un immense honneur de désigner une personnalité telle que lui Docteur honoris causa de l’Université de Neuchâtel. De par l’acceptation du titre que nous lui conférons au-jourd’hui, Giuliano Amato dresse non seulement un pont entre notre Faculté et un grand professeur de droit, mais également un pont entre notre Université et l’histoire européenne. Nous l’en remercions de tout cœur.

Pascal Mahon, doyen de la Faculté de droit

Neuchâtel, le 4 novembre 2006